C’est officiel, la France est en crise ! Tout le monde n’a pas la chance de choisir son métier, tout le monde n’a pas la chance de faire un métier qu’il aime, et j’ai bien conscience que pour la majorité d’entre nous, bosser est une nécessité avant tout.

Cela étant, comme je persiste à me demander comment on devient membre de la SUGE (je ne parle pas du process de recrutement hein ?), mais bien comment on en arrive là ?! Non parce que objectivement, ce n’est quand même pas hyper passionnant comme job :

-       tu arpentes des quais de gare par tous les temps,

-       tu te balades dans des trains en mouvements en manquant de te casser la gueule toutes les trois minutes (enfin, pas sur les lignes TER Picardie où les trains avancent au ralenti),

-       les gens ne t’aiment pas et te regardent de travers,

-       tu ne peux rien dire ou faire aux gens qui ne t’aiment pas, même si ils te disent qu’ils ne t’aiment pas, puisque tu n’as aucun pouvoir tant que ces gens ne dépassent pas les bornes (par exemple, les cyniques comme moi, en règle et polis, juste très acides, que tu n’impressionnes pas du tout hormis peut-être par le néant qui habite ton regard, ben tu peux rien leur faire !)

-       t’es armé, mais comme tu vis dans un pays certes parfois tordu, mais pas complètement anarchique ou dictatorial, tu ne peux pas te servir de ton arme comme tu aurais envie de le faire

-       t’as un Tonfa (c’est la matraque qui pendouille le long de leur jambe) et comme de ton arme tu ne peux pas t’en servir (je vous épargne le parallèle graveleux sur le Tonfa, le besoin de compenser tout ça tout ça hein ?)

-       tu dois veiller à la protection du matériel de l’entreprise, courir après les tagueurs, verbaliser les tireurs intempestifs de signal d’alarme, mais ça tu ne peux pas le faire non plus sur les TER Picardie puisque tu ne peux pas monter dans le train, et encore moins circule rà bord vu que les gens sont assis par terre ou ventousés à la vitre,

-       le salaire n’a pas de quoi faire rêver, et en tout cas, ne sera pas suffisant pour devenir ami avec Sarko ou être impacté par les 75% de taxation de Hollande,

-       les horaires sont des horaires décalés qui te bouffent tes WE, et te font rater le juste prix ou la roue de la fortune.

 

Coté pour :

-       Tu peux gonfler tes pec’, quand l’usager frêle et démuni s’approche de toi pour lui montrer comme tu es fort, et à quel point tu ressembles à Action Man. Enfin, tu pouvais… parce que l’usager, en ce moment il est retord, il ose te regarder dans les yeux, pire, il te répond cet insolent, voire il ricane, et toi, tu ne peux même pas lui mettre une balle dans le genou ! La vie est trop injuste,

-       tu peux garder tous tes neurones disponibles pour le juste prix, une famille en or ou les zamours, ta femme (ou ton mari) ne peux pas t’entendre te plaindre d’être épuisé intellectuellement, et ça, ça, vraiment, ça n’a pas de prix.

-       il y a des jours où, avec tes horaires décalés, tu peux même réussir à voir les feux de l’amour, et si tu te demmerdes vraiment bien, tu peux le voir une fois par semaine, et le suivre sans rien rater.

Bref, tout ça pour dire que j’ai fait des recherches sur les recrutements pour la SUGE, et que je suis tombé sur des petites perles. Si je vous jure, il y a des gens qui VEULENT faire ça, qui en ont envie…

Sur un site de recrutement, un candidat dépose ce post :

« bonjour ,
je souhaite postuler pour la police férroviére notamment la suge
j'aurais aimer avoir une adresse ou je puisse aller me renseigner afin de retirer un dossier de candidature
merci de votre réponse »

Lui, pas de doute, il est mûr ! Vous aurez bien compris que je n’ai pas retouché l’orthographe, faute de quoi ça aurait perdu tout son charme.

Dans la foulée, on trouve des gens qui ont participé à un train du recrutement, et dans les commentaires, j’ai trouvé un autre bon candidat, un solide, un qui tient bien la route, et qui a dû passer plus de temps à regarder les trains qu’à écouter son instit’ :

« bonjour
moi aussi j'ai participer au train de l'emploi 2010 et je suis toujours en attente d'une réponse. j'aimerais être éclairer sur le recrutement par rapport au train de l'emploi, j'ai eu un entretien qui c'est relativement bien passer mais depuis j'attend »

J’ai envie de répondre… qu’un simple éclairage sera insuffisant à ce stade.

Dans un autre registre, je suis tombée sur un site dédié aux métiers de la sécurité, et là, j’ai matière à faire du mauvais esprit. Je n’ai évidemment pas touché aux fautes non plus :

« Se faire recruter à la SUGE ?

Ils sont soit issus de recrutement externe (candidature spontanée) soit des agents SNCF d’autre service ayant fait acte de candidature pour intégrer ce service.

Le recrutement passe par une série de tests et notamment des tests psychologique afin de savoir si le candidat à le profil rechercher.

Bon.. Comment dire ?! Si on excepte les fautes qui font mal aux yeux, on nous parle de tests psychologiques et de profil à rechercher. Et là, je m’interroge. Déjà, le profil psychologique m’inquiète. On a bien dit psychologique, pas intellectuel, mais quand même. J’ai du mal à croire que le pseudo cerbère en forme de tonneau qui hurlait sur une cliente en règle il y a peu ait pu satisfaire aux exigences d’un quelconque test psychologique qui tendrait à démontrer que l’individu est équilibré… ou alors le test n’est pas fiable.

Sauf à penser que le profil recherché est dans des critères qui m’échappent et que je n’aurais jamais imaginé retenir pour une embauche. Cela dit, il faut avoir l’honnêteté d’avouer que je suis une piètre recruteuse (en plus de fait que je déteste ça, c’est chiant d’écouter les gens vous raconter leur vie, leur œuvre, enjolivés pour les besoins de l’entretien !)

Pour la petite histoire, les tests élaborés par la SNCF pour le recrutement des agents de la SUGE ont été céder aux ministères de l’intérieur et au ministère de la défense pour le recrutement des agents de police et des gendarmes.

Ah, ben si les ministères l’ont repris alors… c’est quand même l’argument ultime. Je ne fréquente que peu de gendarmes, et encore moins de policiers, mais tout porte à croire que le test ne se suffit pas à lui-même pour recruter. Le niveau n’étant, de manière flagrante, pas le même.


Lors des différentes phases de recrutement, en plus des tests proprement dit, le candidat passe différents entretiens avec un psychologue et un agent de recrutement. Le but est toujours de déceler le profil idéal.

Je ne sais toujours pas ce qu’est le profil idéal, mais comme c’est le test qui le détermine, je serais curieuse de voir ce test quand même.


Compte tenu du nombre de candidatures, les taux d’échec aux différentes phases de recrutement est assez élevé. Un élément absolument discriminatoire est la présence de condamnation sur le casier judiciaire.

Une personne ayant des soucis avec la justice, si minimes soient ils, (délit routier, consommation de stupéfiant, rixe, différent familiale, …) ne pourra jamais intégrer la SUGE. De plus, depuis l’an 2000, une loi est venue renforcer ce dispositif. En effet, l’agent SUGE est porteur d’une arme à feu de 4° catégorie. Il doit donc obtenir de la part de la préfecture de police de Paris une autorisation de porter cette arme. Avant l’an 2000, l’enquête administrative pour obtenir ce permis n’était faite qu’à l’intégration de l’agent dans le service. Depuis la loi 2000-1135, cette enquête à lieu tous les 5 ans.

L’agent doit donc faire preuve d’exemplarité et de probité dans sa vie professionnelle mais également dans sa vie personnelle. Le moindre écart conduisant un agent SUGE devant un juge peut lui coûter son emploi.

Ca je trouve ça plutôt rassurant. Par contre le terme discriminatoire m’interpelle, j’aurais dit éliminatoire, rédhibitoire à la limite, mais tout ça n’est que sémantique après tout. Mais bon la force de l’exemplarité… mon bip cul sur la commode oui ! D’abord, le comportement de certains des agents SUGE que j’ai pu voir à l’œuvre n’était absolument pas exemplaire. C’est bien d’être exemplaire avec la loi, mais l’attitude face aux clients me semble nettement plus importante. Ensuite, je trouve qu’on mélange tout. Qu’on ne laisse pas un mec qui bat sa femme et ses gosses porter une arme à feu, ça parait normal. Maintenant, je trouve que tout le monde a droit à l’erreur, et je suis pas sûre que le fait de s’être fait choper par un radar à 180km/h soit incompatible avec le fait de montrer ses pec’, aussi bien cachés sous une épaisse couche graisse soient ils.

Lorsque le candidat au recrutement a satisfait aux différentes épreuves, il doit suivre une formation de 26 semaines alternant stage sur le terrain avec des agents confirmés et formation théorique où il apprend la réglementation SNCF, le droit pénal, la déontologie, les Techniques d’Intervention de la Surveillance (TIS) consistant a apprendre la maîtrise et le menotage d’un individu ainsi que le maniement du Tonfa.

Au cours de ces 6 mois de formation, trois contrôles de connaissance ont lieu. L’échec à deux peut entraîner l’exclusion du candidat. A l’issue de la formation, l’agent passe un constat d’aptitude reprenant l’ensemble de ce qu’il a appris dans les 6 mois. Là encore un échec peut être synonyme d’exclusion.

Et là, je tombe de ma chaise !! Vous en connaissez beaucoup vous des formations qui, sur 3 examens, « peuvent » vous exclure si vous en ratez deux ? Ça n’existe pas dans mon monde ça : 66% d’échec peuvent éventuellement vous exclure… Essayez ça au boulot, et dites-moi ce que votre boss en pense ? En lisant ça, j’ai une RE-VE-LA-TION !! Si au cours d’une formation de 6 mois, la SNCF est capable de garder des candidats qui ont 66% d’échecs à leur examen, je comprends le niveau de haute tolérance qu’ils ont avec eux même, et notamment avec la régularité des trains. Je comprends mieux les réflexions qui tendent à dire que 5 minutes de retard, ce n’est pas un retard, qu’avec 80% de régularité on devrait s’estimer heureux, même si les 20% restants portent sur les horaires qui touchent 80% des passagers… Franchement, je bugge, je boucle, je me répète, et radote, mais quelle entreprise normalement constituée, avec des objectifs normaux en ces temps de crise (soit rentabilité maximum à tout prix !) accepterait ce type de performance? Moi, je n’en connais pas d’autres…

Lors de sa vie professionnelle l’agent doit soumettre à des cours de formation continue aussi bien théoriques que pratique. Il doit notamment passer tous les 6 mois un contrôle sur le maniement du TONFA. Il doit, avec la même périodicité, s’entraîner à l’usage de son arme de service. Tous les mois, il doit obligatoirement suivre des séances de TIS . »

 

Ca fait rêver non?